J'♥

Un Sourire dans le Métro #2

22 janvier 2019

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Chapitres 4 à 6

4

Après ce déferlement d’émotions mélangées et contradictoires passé (Luna s’en voulait de ne pas avoir su aller plus loin dans ce stage, elle se remettait en question, puis elle se disait que personne n’aurait pu rester dans de telles conditions, qu’elle avait bien fait de partir…) elle décida de rentrer à Caen chez sa mère pour quelques temps, afin que cette dernière lui remonte le moral.

Caen était la ville où elle avait grandi, une ville entre mer et campagne, où les paysages étaient tous plus beaux les uns que les autres. Chaque saison apportait son lot de magie : la mer déchainée en hiver, les fleurs des champs et les ballots de paille dans les prés dorés de l’automne, les couleurs écarlates des serviettes de plage l’été, et la campagne bourgeonnante du printemps. Contrairement à ce que les parisiens pouvaient penser, elle ne s’ennuyait jamais quand elle rentrait en Normandie. Elle allait cueillir des mûres, faire de la pêche à pied, trainer au centre ville pour faire les boutiques, prendre le goûter chez des amis, et surtout, elle pâtissait. A Paris, sa cuisine de 2 mètres carrés lui compliquait un peu la tâche, bien qu’elle réussisse tout de même à réaliser des macarons, des tiramisus ou encore des cakes aux citron. Mais lorsqu’elle arrivait dans la cuisine de sa maison, toute équipée, c’était le paradis, et elle s’en donnait à cœur joie ! Tarte Tropézienne, charlotte aux fruis rouges, bûche de Noël… chaque événement était une occasion d’apprendre et de tester de nouvelles recettes. Elle adorait ça, pétrir la pâte à la main, goûter une préparation avant cuisson, regarder les coques de macarons se former dans le four… mais ce qu’elle préférait, c’était le moment où elle apportait ses réalisations sur la table du salon et que son entourage s’exclamait à la vue de ces sucreries. Le partage était sa motivation première, en plus de sa gourmandise extrême. Car ce qui l’avait amené à la pâtisserie, c’était bien le fait qu’elle aimait ces douceurs plus que tout. Elle tenait ça de son père, qui avait lui aussi la dent sucrée ! Il n’était pas rare, quand elle était plus jeune, que celui ci ramène des pâtisseries pour le dessert le week-end. Le choix de Luna changeait rarement, et se portait presque à chaque fois sur une religieuse au café, dodue mais élégante avec sa jolie colerette de crème au beurre.

Ainsi, elle restait des heures en cuisine, sans voir le temps passer. C’était sa thérapie, et c’est ce qui lui permit, petit à petit, de se remettre de sa mauvaise expérience professionnelle. Certaines personnes décompressent en faisant du sport, alors que Luna, elle, se faisait les muscles des bras en batant des blancs en neige.

Après quelques jours, sa mère commença à aborder le sujet qui faisait peur à Luna : et ensuite, quoi ? Luna avait expliqué son cas à l’école, qui avait accepté sa démission. Elle devait maintenant trouver un nouveau stage pour finir l’année, ou trouver un job alimentaire. Elle n’avait pas les moyens de rester à Paris sans travailler.

Elle reprit donc le chemin de la capitale à contre cœur. Dans le train qui la ramenait, elle essaya de dormir, mais elle était incapable de mettre ses pensées en pause. Elle regardait le soleil se coucher par la fenêtre du train à mesure qu’elle s’éloignait de sa côte Normande. Elle était fascinée par ce spectacle de la nature, qui était chaque jour différent. Au fil de ses réflexions, elle se mit à repenser au jeune homme du métro, à ce geste, si petit, et pourtant si plein de sens. Plus elle y pensait, et plus elle se disait que si elle avait accepté d’aller boire un verre avec lui, cela aurait pu faire une intrigue romantique de film hollywoodien. Et c’est à ce moment précis, entre les gares de Bernay et Evreux, qu’elle sut ce qu’elle voulait faire ! Dans la vraie vie, elle n’avait pas accepté la proposition de ce garçon, certes, mais pourquoi ne pouvait-elle pas réécrire l’histoire ? Elle n’avait pas toujours aimé écrire, mais depuis quelques temps, elle souhaitait se lancer dans l’aventure d’un blog (c’était évidemment avant que tous ses projets ne changent). Mais pourquoi pas, à la place d’un blog, tenter d’écrire un livre. Une nouvelle pour commencer. Et cette histoire dans le métro en serait le parfait point de départ ! Le soir même, arrivée chez elle, elle bondit sur son ordinateur, l’alluma, ouvrit une nouvelle page word, et commença a écrire son histoire. Au bout de quelques pages, elle décida d’arrêter et de continuer le lendemain.

5.

Les jours qui suivirent, Luna commença à chercher un travail. Elle n’avait pas osé l’avouer à sa mère, mais sa mauvaise expérience l’avait affecté bien plus qu’elle ne l’avait laisser paraître, et elle se sentait désormais incompétente dans le domaine qui était le sien. Elle préféra donc chercher un emploi de vendeuse, et trouva rapidement dans une boulangerie, à 25 min en transports de chez elle. Elle repris donc une petite routine parisienne, le fameux métro, boulot, dodo. Sauf que, chaque soir, avant de se coucher, elle écrivait quelques lignes de son livre. Elle commençait enfin à s’épanouir de nouveau. Elle aimait son travail. L’odeur du pain et des viennoiseries le matin, le sourire des clients qui venaient s’acheter des petites douceurs, les discussions quotidiennes avec les habitués… Elle se sentait utile, et se remit alors à sourire, et à positiver.

Cependant, contrairement à ce qu’elle aurait pensé, mieux elle allait, plus l’inspiration lui manquait. Sa routine avait un côté reposant, sans prise de tête ou de stress, mais c’était justement ce calme qui coupait son imagination. Elle comprit alors qu’écrire ce livre avait été sa véritable thérapie. Sa souffrance et son manque de repère avaient été son énergie créative. Maintenant qu’elle allait mieux, elle bloquait. Elle décida donc de chercher une autre source d’inspiration, plus joyeuse.

Luna avait toujours été très observatrice. Elle commença alors à faire de plus en plus attention à ce qui l’entourait. Quand au début de la nuit elle prenait le bus, elle passait le temps en observant les lampadaires qui illuminaient la route à intervalle régulier. Leurs reflets dans la vitre rayée du bus projetaient comme des milliers d’éclats dorés au milieu du ciel qui commençait à prendre des nuances bleues comme une mer profonde. Elle prenait plaisir à observer cette beauté qu’on ne voit qu’en ayant un esprit libre de toutes pensées pouvant obstruer cette contemplation. Elle se disait que peu de gens avec accès à cette féérie ordinaire, si simple à observer, et pourtant cachée aux yeux de chacune des personnes présentes dans ce bus.

Elle compris alors que c’était cette beauté qui serait sa nouvelle source d’inspiration, et elle recommença à écrire. A sa routine elle ajouta donc une balade quotidienne.

Avec son polaroïd à la main, elle parcourait les rues de Paris telle une touriste. Elle utilisait un polaroïd car elle aimait ce moment d’attente presque frustrant avant que le noir s’estompe pour laisser apparaitre tour à tour les bords de Seine, des couples se racontant leur journée à la terrasse d’un café, ou des touristes jetant la clé du cadenas qu’ils venaient d’attacher au Pont des Arts… La photo allait-elle être ratée ? Il arrivait parfois que ses photos ne donnent pas le résultat souhaité, mais soient au final bien plus intéressantes. Un effet de lumière, un cadrage où l’on découvrait une surprise en arrière plan, un flou non voulu que l‘on disait artistique… Et c’est tous ces petits détails et moments qui lui permirent de continuer sur sa lancée. Bientôt, elle ressenti le besoin d’écrire qui se faisait plus envahissant. L’inspiration lui venait de partout, et à tous moments de la journée. L’instant le plus propice à ses écrits étaient d’ailleurs devenus les moments passés dans les transports en commun. Assise, entourée de dizaines de personnes, elle ne se sentait jamais aussi seule que pendant un trajet de bus. C’était d’ailleurs un comble étant donné le nombre de personnes présentent dans un wagon de la ligne 2 aux heures de pointes ! Mais pour éviter de fixer le nez étrangement pointu de la jeune femme assise en face d’elle, ou de croiser le regard insistant d’un vieil homme qui la fixait, elle préférait s’évader dans ses pensées et c’est là que la magie de l’écriture opérait. Elle notait alors tout ce qui lui passait par la tête dans l’application Notes de son Iphone. Elle y revenait ensuite le soir, pour relire ces bribes de pensées et pour les introduire dans son roman à un moment opportun dans l’histoire.  

6.

De son côté, Arthur avait beau guetter chaque jour, il n’avait pas revu la jeune fille. Il scruttait pourtant le quai de l’arrêt Charonne, à la recherche d’une grande blonde élancée, mais chaque fois qu’il croyait la voir, ce n’était pas elle. Il avait beau se dire que Paris était une grande ville et qu’il ne la reverrait jamais, il avait du mal à passer à autre chose.  

Il devait pourtant se rendre à l’évidence, sa vie n’était pas un roman à l’eau de rose comme ceux qu’il vendait dans la librairie où il